Il y a les châteaux de sable, les mystérieux écossais, les célèbres des bords de Loire et les très nombreux et peut-être moins connus de Normandie. Ces demeures singulières – témoins d’un passé monumental – méritent pourtant qu’on s’y attarde. En voici quelques-unes.

Le Château de Saint-Germain de Livet (14)

Classé Monument Historique, le château de Saint-Germain-de-Livet témoigne de nombreux savoir-faire et d’une architecture remarquable, à pans de bois de la fin du 15e siècle, en pierre de Caen et en briques vernissées du Pré d’Auge de la fin du 16e siècle. Le château actuel, construit sur un site médiéval, doit cette singulière reconstruction en damiers à Robert de Tournebu, seigneur de Livet. La salle des offices, dotées de superbes fresques est tout simplement époustouflante. Le château a conservé ses douves et est entouré d’un jardin fleuri, faisant le bonheur des cygnes et des paons. Julien et Augusta Pillaut, derniers propriétaires dans les années 1920, sans descendance, décidèrent de faire don du domaine à la ville de Lisieux.

Le Domaine de Pontécoulant (14)

Le Château de Pontecoulant
Le Château de Pontécoulant © Loïc Durand – Calvados Attractivité

Près de Clécy et Condé-sur-Noireau, le château est un joyau de la Suisse Normande. L’histoire de famille des Le Doulcet de Pontécoulant commence au 14e siècle. Sur les bords de la Druance, le domaine rassemble les marques distinctives de la noblesse : château, pavillons du garde-chasse et du jardinier, colombier, parc paysager, potager, dépendances, ferme, bois et terres. A partir de la seconde moitié du 17e siècle, les châtelains vivent à Caen et surtout à Paris : Pontécoulant devient une résidence d’été. Décors, mobiliers et objets traduisent le mode de vie aristocratique du 19e siècle. Au début de la Seconde Guerre mondiale, le conteur et animateur Pierre Bellemare a quitté Paris pour se réfugier au château dont son père était le gardien. Il a fréquenté l’école du village, y a passé son certificat d’étude et a bien connu Madame de Barrère, dernière descendante de la famille Le Doulcet de Pontécoulant.

Le Château des rêves – La Ferté-Fresnel (61)

Le château des Rêves
© Le château des Rêves – TIS

S’il est le témoin d’une épopée historique et artistique où tous les savoir-faire chers à l’Empereur Napoléon III sont présents, l’actuel Château de La Ferté-Fresnel, fruit de l’architecte Maurice Storez, ne porte pas le nom de Château des Rêves pour rien. Véritable vitrine de l’art de vivre à la française, la visite des jardins et des bois est tout aussi incontournable. Les animaux sauvages y ont élu domicile tant l’écrin respecte la nature et la protège. Pour découvrir ces merveilleux espaces, le safari-découverte ravira les petits et les grands. Pédalos-cygnes, voiturettes, jeux en bois, balancelles, promenade en calèches, soirées conférences dégustations œnologiques et bien sûr visites guidées radiophoniques, scénarisées, visites-spectacles, il y en a pour tous les rêveurs !

Le Château d’Orcher (76)

Le Château d'Orcher
© Château d’Orcher

De sa falaise, haute de 90 mètres, le château d’Orcher, construit au XIIe siècle surplombe l’estuaire de la Seine et offre une vue unique sur le pont de Normandie, Honfleur et le Havre. Constitué d’un donjon carré et d’une enceinte comprenant des tours à chaque extrémités, séparées du plateau par un fossé large de vingt mètres, il témoigne de son utilité de forteresse. En 1735, il est acheté par la famille rouennaise Planterose de Melmont qui le transforme dans le goût du 18e siècle. On peut y admirer des boiseries particulièrement raffinées. Jamais vendu depuis cette époque, le domaine conserve son architecture et ses trésors. Sa propriétaire, Madame de Melmont fera dessiner et planter un superbe parc.

Le Château de Gratot (50)

Le château de Gratot, construit au 14e siècle par la famille d’Argouges, a subi de nombreuses modifications. Il devint au 18e siècle le siège d’un marquisat. Bâti, remanié, agrandi au cours des sept siècles de son histoire, Gratot n’a jamais été un château comme les autres, riche des apports architecturaux de chaque époque. Laissé à l’abandon au 20e siècle, il servira d’entrepôt à fourrages. Depuis 1968, grâce aux bénévoles, sa rénovation lui fait retrouver son prestige. Le domaine se présente sous la forme d’une enceinte quadrangulaire entourée de larges douves, alimentées en eau par la « fontaine à la fée ». On raconte que revenant de la chasse, le seigneur d’Argouges rencontra la fée Andaine. Il en tomba amoureux. La belle accepta de l’épouser à la condition qu’il ne prononce jamais le mot « mort ». A l’occasion d’un banquet, excédé par les préparatifs de son épouse, la phrase fatale fut prononcée : « Dame, êtes lente en vos besognes, seriez bonne à aller quérir la mort ! ». La fée poussa un cri déchirant, monta sur le rebord de la fenêtre et disparut en laissant l’empreinte de son pied et de sa main.

Le Château de Beaumesnil (27)

Château de Beaumesnil
Château de Beaumesnil © M-G Varillon

Baroque à souhait, le château de Beaumesnil est devenu le repère des gourmands ! Magnifique exemple d’architecture du début du 17e siècle aux façades de briques et de pierres richement décorées, l’ensemble est entouré de 4 hectares de jardins à la française, d’un miroir d’eau, élaborés autour du thème de la gourmandise. Les époux Furstenberg, sans descendance, léguèrent leur bien à la Fondation afin de péreniser et valoriser ce lieu exceptionnel comprenant l’une des plus importantes collection de reliures d’art de France. Sur trois niveaux, du grand salon, de la bibliothèque aux cuisines historiques en passant par le musée de la reliure, le château de Beaumesnil propose chaque année des activités saisonnières : Meurtre au château cluedo géant organisé en février, Pâques au Château avec une grande chasse aux œufs dans le parc et les jardins, les grandes soirées nocturnes estivales avec feu d’artifice et marché de producteurs ou encore les Fantômes de Beaumesnil à la Toussaint.

Le Château de Bizy (27)

La famille Jubert est propriétaire des terres de Bizy dès le 14e siècle mais il faudra attendre 1675 pour que Nicolas Jubert de Bouville, conseiller d’Etat et intendant d’Orléans, élève la seigneurie de Bizy au rang de marquisat et entreprenne la construction du château d’habitation. S’ensuivra une longue histoire royale comptant parmi ses propriétaires successifs de nombreuses têtes couronnées. En 1721, le Duc de Belle-Isle achète le marquisat de Bizy. Il conserve le château de Jubert de Bouville et se concentre sur le parc. Il entreprend l’agrandissement du domaine, fait construire un réseau hydraulique pour alimenter le domaine et aménage les jardins avec fontaines et jeux d’eau. En 1949, il reçoit Madame de Pompadour et Louis XV, auquel il lègue la propriété. Ce dernier fera un échange avec le comte d’Eu, lequel à son tour en fera don au duc de Penthièvre, petit-fils légitimé de Louis XIV et Madame de Montespan. Entièrement démantelé puis racheté, le domaine retrouvera de sa superbe grâce à Louis Philippe, qui réaménage la maison et fait installer une galerie vitrée. En 1858, le baron Schikler rachète Bizy. Il conserve les galeries Louis Philippe de la cour d’honneur et fait ériger la somptueuse partie centrale au style néo-classique.

Les magnifiques écuries, construite à l’image de celles de Versailles, datent de l’époque du duc de Belle-Isle. Pour sublimer les bâtiments réservés aux animaux, il avait fait appel à l’architecte Constant d’Ivry, créateur, entre autres, de l’escalier d’honneur du Palais-Royal.

Le Château d’Eu (76)

Le Château d'Eu - Musée Louis-Philippe
Le Château d’Eu – Musée Louis-Philippe © AdobeStock – Alonbou

Le comté d’Eu, au fil des siècles, fut la propriété de prestigieuses familles. L’actuel château d’Eu fut bâti au 16e siècle par Henri de Lorraine, troisième duc de Guise, et embelli, au siècle suivant, par la Grande Mademoiselle, la célèbre cousine de Louis XIV. Le 19e siècle apparaît comme une période faste pour le château. Il est agrandi pour le roi Louis-Philippe, restauré et décoré par Eugène Viollet-le-Duc. Il devient la résidence d’été du roi qui y reçut deux fois la reine Victoria. Depuis 1973, le château d’Eu abrite l’Hôtel de ville et le musée Louis-Philippe.

Le Château de Colombières (14)

Le Château de Colombières
Le Château de Colombières © Grégory Wait – Calvados Attractivité

Situé entre Bayeux et Isigny-sur-Mer, le château de Colombières est l’une des forteresses féodales militaires les plus remarquables de Basse-Normandie : un quadrilatère de quatre tours massives percées de meurtrières, un mur d’enceinte de 2,7O mètres d’épaisseur et de 11 mètres de hauteur, des douves en eau et un pont-levis. Cette altière fortification livre encore les secrets de l’importante histoire guerrière du Bessin Normand. Mille ans d’un emplacement stratégique jusqu’au récent débarquement du 6 juin 1944 au cours duquel les alliés suivirent depuis la mer l’itinéraire à travers les marais jusqu’à Colombières. Trois jours plus tard, le village était libéré. Le château devint « le centre de toute la presse et radio américaines, quartier général du 12e groupe d’armée, Général Omar Bradley ».

Le Château d’Etelan (76)

Bâti sur les ruines d’un château fort, sa construction s’étend de 1494 à 1514. Composé de deux corps de logis à appareillage de pierres et briques alternées, il fut le premier château Renaissance édifié en France. Royal, tant par son aspect que par son histoire, il reçut en son temps de prestigieuses têtes couronnées tels François 1er, Catherine de Médicis ou encore Charles IX. Des siècles plus tard, Voltaire puis plus récemment Gustave Eiffel inscrivirent leur nom sur la liste des célébrités remarquables de passage à Etelan. La chapelle, dédiée à sainte Madeleine, faisant corps avec l’édifice affiche une splendeur comparable à celles d’Amboise et de Blois. Les vitraux datés du 15e siècle, démontés au moment de la dernière guerre et protégés dans la cave furent remontés en 1975 par le maître verrier Patrick Forfait, quasiment intacts.

Les châteaux méconnus du Moyen Âge

Les châteaux méconnus du Moyen Âge

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